Résumé de l’article :
Drivers, Barriers and Unmet Needs Affecting Feline Vaccination Compliance: Insights from a Global Survey of Cat Owners and Veterinarians (Carroll et al., Vet Sciences, 2026)
Objectif : comprendre pourquoi une part importante des chats reste insuffisamment vaccinée malgré les recommandations vétérinaires internationales reste un défi. Pour cela, les auteurs de cette étude ont comparé les perceptions de 5071 propriétaires de chats et 1330 vétérinaires dans 14 pays.
Leur constat principal est l’existence d’un décalage majeur entre la vision des vétérinaires et celle des propriétaires concernant l’importance de la vaccination. Ce décalage génère des freins à la vaccination mais révèle également plusieurs leviers d’amélioration.
Vaccination : des constats sans appel
La vaccination est sous-estimée par les propriétaires de chat
Les vétérinaires considèrent la vaccination comme l’un des piliers de la santé féline. Ainsi, 69 % d’entre eux la citent spontanément parmi les actions les plus importantes pour préserver la santé d’un chat. En revanche, seuls 16 % des propriétaires mentionnent la vaccination comme facteur clé de santé, privilégiant largement l’alimentation de qualité.
Cette différence de perception constitue le cœur du problème : les vétérinaires voient la vaccination comme une mesure de prévention essentielle, tandis que de nombreux propriétaires la considèrent comme secondaire.
Les taux de vaccination chez le chat restent insuffisants
Selon les propriétaires interrogés :
- 71 % des chats ont consulté un vétérinaire au cours des 12 derniers mois ;
- 65 % ont déjà été vaccinés ;
- 68 % ont reçu un vaccin dans l’année précédente ;
- 7 % n’ont pas été vaccinés depuis plus de trois ans.
Les vétérinaires estiment pour leur part que la conformité aux vaccins « essentiels » atteint environ 77 %, un résultat encourageant mais encore éloigné d’une couverture optimale.
Le vétérinaire est le principal moteur de la vaccination
Les raisons invoquées par les propriétaires qui vaccinent leur chat sont principalement :
- Préserver la santé de l’animal (62 %) ;
- Suivre la recommandation du vétérinaire (57 %).
L’étude montre ainsi que le vétérinaire demeure l’acteur le plus influent dans la décision vaccinale. Les propriétaires accordent une forte crédibilité à son avis et 58 % déclarent que leur vétérinaire est leur première source d’information sur les vaccins.
Les principaux freins à la vaccination féline sont liés aux idées reçues
Parmi les propriétaires qui ne vaccinent pas leur chat, les justifications les plus fréquentes sont :
- « Mon chat est en bonne santé » (27 %) ;
- « Mon chat vit à l’intérieur » (27 %).
Ces arguments reposent souvent sur une mauvaise perception du risque infectieux. Les vétérinaires identifient les mêmes obstacles :
- manque de compréhension de l’intérêt de la vaccination (53 %) ;
- désinformation (51 %) ;
- attitudes anti-vaccination (51 %).
L’étude souligne donc que le problème est davantage éducatif et informationnel qu’économique.
Les difficultés pratiques jouent un rôle réel
Même parmi les propriétaires qui vaccinent régulièrement leur animal, plusieurs contraintes compliquent les visites :
- mettre le chat dans sa caisse de transport (36 %) ;
- stress du chat pendant la consultation (34 %) ;
- coût des soins vétérinaires (32 %) ;
- transport jusqu’à la clinique (28 %).
Le stress lié à la visite vétérinaire apparaît comme une problématique majeure et spécifique à l’espèce féline.
Les vétérinaires disposent d’un potentiel de communication encore sous-exploité
Un résultat particulièrement marquant est que, malgré leur influence reconnue :
- seuls 23 % des vétérinaires déclarent fournir des supports éducatifs expliquant l’importance de la vaccination.
Par ailleurs, les vétérinaires pensent souvent que les rappels de vaccination sont le principal facteur de motivation, alors que les propriétaires accordent davantage de poids à la santé de leur animal et aux recommandations personnalisées du praticien.
Cette divergence suggère que la communication peut être améliorée et davantage centrée sur les préoccupations réelles des propriétaires.
Un éclairage sur les attentes des propriétaires
Les répondants expriment une préférence très nette pour des vaccins :
- présentant peu d’effets secondaires (88 %) ;
- protégeant contre plusieurs maladies (86 %) ;
- offrant une protection supérieure à un an (86 %).
De plus :
- 87 % seraient prêts à payer davantage pour une protection plus longue ;
- 91 % accepteraient de continuer à effectuer une visite de santé annuelle même si aucun vaccin n’est prévu cette année-là.
Ces résultats montrent que les propriétaires valorisent fortement la prévention lorsqu’ils en comprennent l’intérêt.
Cette étude internationale met en évidence que la vaccination féline souffre moins d’un refus systématique que d’un manque de compréhension de son utilité. Les propriétaires font confiance à leur vétérinaire, mais beaucoup sous-estiment encore le rôle de la vaccination, notamment pour les chats d’intérieur ou jugés en bonne santé.
Le principal levier d’amélioration réside donc dans une communication vétérinaire plus proactive, pédagogique et adaptée aux attentes des propriétaires. En expliquant mieux les bénéfices de la vaccination, en combattant les idées reçues et en réduisant les obstacles pratiques liés aux visites, les cliniques vétérinaires pourraient améliorer significativement la couverture vaccinale et protéger davantage de chats contre des maladies évitables.
Le déficit de vaccination féline est avant tout un problème de perception et d’information. Les vétérinaires disposent d’une forte capacité d’influence, encore insuffisamment exploitée, pour faire progresser durablement la prévention vaccinale à l’échelle mondiale.
GP- FR-NOV-260800005